Une voix qui s’élève…pour l’école Laïque

Nous voyons se profiler aujourd’hui le retour de ce que l’on appelle le cléricalisme : “Opinion des partisans d’une intervention du clergé dans la politique, toutes religions confondues.” La laïcité n’est pas l’athéisme, elle veille à ce que les cultes qui sont libres, ne viennent pas empiéter sur les libertés de l’individu et tout particulièrement sur celles du citoyen, de l’autorité qui seule doit détenir la source du pouvoir, le peuple, et de son expression à travers la volonté générale. Faut-il encore qu’elle soit, il est vrai, respectée.
Les Etats généraux du combat laïque s’inscrivent dans le prolongement des grands actes de courage qui ont fait notre REPUBLIQUE INDIVISIBLE, LAÏQUE, DEMOCRATIQUE ET SOCIALE.
LE CLÉRICALISME CONTRE L’AFFIRMATION DE L’ENSEIGNEMENT LAÏQUE, DÉNONCÉ PAR VICTOR HUGO
■ Victor Hugo dénonce dans un climat hostile, à travers sa critique de la loi Falloux, le cléricalisme qui cherche ici une part de sa revanche sur les débuts de la laïcisation de l’enseignement depuis la Révolution française. Une loi qui ouvre la voie à l’école privée dite libre, où l’enseignement congréganiste est le principal bénéficiaire, et qui met l’école sous l’autorité de l’Eglise catholique, à travers sa surveillance et sa direction morale confiées au curé, à côté du maire. Une loi qui fera dire avec satisfaction à Mgr Parisis « elle a fait entrer le prêtre à tous les degrés dans la direction et la surveillance de l’enseignement officiel ». Les lois de Jules Ferry, 1881-1882, sur l’obligation, la gratuité et la neutralité religieuse de l’école, en annihileront l’essentiel des méfaits. L’orateur dresse aussi à cette occasion le portrait de l’enseignement dans ce qu’il définit comme l’Etat laïque. Discours à l’Assemblée du 15 janvier 1850.
« Messieurs, toute question a son idéal. Pour moi, l’idéal dans cette question de l’enseignement, le voici : l’instruction gratuite et obligatoire. Obligatoire au premier degré seulement, gratuite à tous les degrés. L’instruction primaire obligatoire, c’est le droit de l’enfant, qui, ne vous y trompez pas, est plus sacré que le droit du père et qui se confond avec le droit de l’Etat. (…) Je veux l’Etat laïque, purement laïque, exclusivement laïque. (…) Votre loi (…) c’est une pensée d’asservissement qui prend des allures de liberté. C’est une confiscation intitulée donation. Je n’en veux pas. (…) Vous êtes les parasites de l’Eglise, vous êtes la maladie de l’Eglise. (…) Ah ! Nous vous connaissons ! Nous connaissons le parti clérical. C’est un vieux parti qui a des états de service. C’est lui qui monte la garde à la porte de l’orthodoxie. (…) Tous les pas qu’a fait l’intelligence en Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l’histoire des progrès humains, mais au verso. Il s’est opposé à tout. (…) Et vous voulez être les maîtres de l’enseignement ! Et il n’y a pas un poète, pas un écrivain, pas un philosophe, pas un penseur que vous n’acceptiez ! Et tout ce qui a été écrit, trouvé, rêvé, déduit, illuminé, imaginé, inventé par les génies, le trésor de la civilisation (…) vous le rejeter. Si le cerveau de l’humanité était devant vos yeux, à votre discrétion, ouvert comme la page d’un livre, vous y feriez des ratures ! (…) Je repousse votre loi. Je la repousse parce qu’elle confisque l’enseignement primaire, parce qu’elle dégrade l’enseignement secondaire, parce qu’elle abaisse le niveau de la science, parce qu’elle diminue mon pays.”